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SUJET: Qu’est-ce que sentir-penser avec la terre ? A partir d'une approche d'Arturo Escobar. Sujet du lundi 20.07.2020

Qu’est-ce que sentir-penser avec la terre ? A partir d'une approche d'Arturo Escobar. Sujet du lundi 20.07.2020 il y a 3 semaines 3 jours #1

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Qu’est-ce que sentir-penser avec la terre ?
A partir d'une approche d'Arturo Escobar

Les avancées récentes de l’anthropologie l’ont amplement démontré : la partition nature/culture qui fonde l'ontologie moderne occidentale et qui s’est imposée partout n’est pas la seule façon d’être au monde, encore moins la forme ultime de la civilisation. Un tel dualisme, qui sépare corps et esprit, émotion et raison, sauvage et civilisé, acteur et chercheur, humains et autres qu’humains, nous empêche de nous vivre comme partie du monde et nous conduit à le détruire. Dès lors, le projet émancipateur ne saurait se limiter à « changer le monde ». Il s’agit aujourd’hui de changer de monde.
Des mouvements indigènes du Sud aux "zones à défendre" (ZAD) du Nord, les conflits politiques renvoient à des visions divergentes quant à la composition du monde et aux façons d’en prendre soin. Autrement dit, à un conflit ontologique. Comment, à l'heure de la crise écologique et face à l'échec de la mondialisation, penser cette dimension ontologique de la politique ? Comment engager notre transition, en dialogue avec luttes des peuples non-occidentaux et les cosmologies non-modernes, pour habiter en conscience le plurivers, ce monde des mondes qu’est notre planète ?
Extrait de la 4ème de couverture de Qu’est-ce que penser-sentir la terre ? Une ecologie au-delà de l’Occcident. Arturo Escobar, professeur d’anthropologie

Problème pour les débatteurs :
Si Arturo Escobar utilise de nombreux néologismes, ce n’est pas pour tromper son lecteur, mais c’est l’inviter à penser de façon non autocentrée sur sa culture. De fait, penser et sentir, en philosophie, s’opposent depuis l’antiquité : l’un étant le produit d’un affect et l’autre, celui d’une raison. Et, si Descartes radicalise la rupture entre « penser et sentir », elle ne peut être dans les faits, entérinée de façon absolue. A partir du 18/19ème, ce rapport entre les activités de l’être (sentir et penser) ouvre un nouveau domaine, la philosophie de la perception en passant par la phénoménologie, projet sur lequel travailla Maurice Merleau-Ponty.
Quel rapport avec Arturo Escobar ?
Par exemple, « sentir-penser » forme une unité où le senti est donné comme une totalité qui semble « comprendre » (prendre-avec) une richesse significative. Défaire cette richesse, c’est ne plus rien com-prendre, mais c’est dé-prendre ou se dé-prendre du sens de l’autre.
Autre exemple : l’ontologie (la science de l’être), c’est donner à la « chose », voire au concept, une réalité (un existant). La question n’est pas de savoir, selon Arturo Escobar, si la chose existe, mais de considérer qu’elle se présente comme un existant. Ainsi, la question des territoires de la différence, ce n’est pas l’idée, par exemple, qu’une montagne n’existe que par rapport un usage (celui du randonneur, de l’exploitant d’une station de ski ou de l'extracteur de minerais, etc.) et où chacun « milite » pour sa cause. Le territoire est une totalité mise en acte, l’intelligence de ce qui s’y joue invite à poser les bases d’une autre anthropologie où l’homme n’est plus « analysé » comme étant séparé de la nature.
Donc, l’un des problèmes qui se posera à nous, consistera à savoir déplacer notre regard, à risquer le sentiment d’être désorienté, à nous défaire de nos idées sur les peuples dits « primitifs » et qui, aujourd’hui, ne le sont plus.
En arrière-plan de cette discussion se pose la question de savoir si d’autres modes de vie que notre « mono-monde occidental » peuvent suggérer des ouvertures à l’impasse écologique dans laquelle la modernité nous a conduit.

Citations tirées de l'ouvrage d'Arturo Escobar ou de sa philosophe :
"Le mot sans l'action est vide. L'action sans le mot est aveugle. Le mot et l'action hors de l'esprit de communauté sont la mort". Pensée traditionnelle Nasa.

Pour notre débat, je rapporterai d'autres postulats/propositions d'Arturo Escobar, à nous de les comprendre, afin de pouvoir précisément les questionner. Par exemples :
- La relationalité
C’est l’idée que notre relation aux autres (humains et non humains) ne peut être réduite qu'à la seule valeur d'un groupe d’intérêts particuliers. De nombreux peuples non-occidentaux ont conservé au fil du temps des pratiques communautaires, relationnelles et pluriverselles. C’est ce qu’évoque, en Amérique latine, ce condensé de la pensée traditionnelle Nasa : « Le mot sans l’action est vide. L’action sans le mot est aveugle. Le mot et l’action hors de l’esprit de communauté sont la mort. »
Il y a de nombreuses manières d’exprimer la relationalité. Un principe fondamental est que toutes les choses du monde sont faites d’entités qui ne préexistent pas aux relations qui les constituent.

- L’ontologie politique :
La science parle au nom du non-humain, tandis que la politique s’occupe du devenir humain. Le corollaire de cette division, c’est que la nature ne peut pas être à l’origine de faits politiques. Le champ du politique est ainsi amputé de tout un ensemble d’êtres et de processus. C’est précisément l’un des postulats que les mouvements sociaux remettent en cause aujourd’hui, lorsqu’ils invoquent la montagne comme être sensible (dans les Andes contre des projets miniers) ou se définissent par un « nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » (dans les « ZAD » en France contre des projets d’aéroport ou les sites d’enfouissement nucléaire). Dans les deux cas, ces luttes expriment non seulement que la nature est composée d’êtres vivants, y compris humains, mais aussi que ces assemblages relationnels d’êtres tissant les territoires ont, ensemble, voix au chapitre quant aux choix politiques. (…) L’ontologie politique remet le monde moderne à sa place : ce dernier est un monde parmi de nombreux autres. Il s’agit de remettre en cause les quatre piliers du monde moderne : la croyance en l’individu, en l’économie, au réel et à la science.(…) pour reconnaitre une interaction : eux/nous – nature/culture – corps/esprit.

Ressources
- Penser demain, et si on regardait ailleurs ? Avec Anne-Laure Bonvalot, traductrice d'Arturo Escobart. France Culture. (44mn)
- Une certaine idée du sacré. Avis critiques se penche sur "Sentir-penser la terre". France Culture (30mn)
- Conférence d'Arturo Escobar (en anglais, mais avec des ptt qui traduisent les idées principales en 3 langues, dont le français). Canal U.
- Justices communautaires, justices plurielles. Tout un monde. France Culture. (30mn)
- "Ecologie" et "transition" : sommes-nous prêts à entendre l'appel des peuples autochtones ? Dimance et après ? (44mn)
- Peuples autochtones. La fabrique onusienne d’une identité symbolique. Article de Irène Bellier et Veronica Gonzalez. OpenEdition.
- Sentir-penser avec la Terre, Arturo Escobar. Une lecture détaillée de son ouvrage. Symbioses citoyennes.
Dernière édition: il y a 2 semaines 2 jours par admin.cafesphilo.org.
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