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SUJET: 10ème Zoom philo avec Dr. Bruno Dallaporta : Homicide, euthanasie, acharnement thérapeutique ou accompagnement en temps de Covid19. Zoom philo du lundi 18.05.2020 + compte-rendu

10ème Zoom philo avec Dr. Bruno Dallaporta : Homicide, euthanasie, acharnement thérapeutique ou accompagnement en temps de Covid19. Zoom philo du lundi 18.05.2020 + compte-rendu il y a 1 mois 3 semaines #1

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Prochain sujet : Homicide, euthanasie, acharnement et abandon thérapeutique ou accompagnement en temps de Covid19.
Dr Bruno Dallaporta sera parmi nous pour en débattre depuis Paris.

Lien pour participer à notre café philo Zoom : us04web.zoom.us/j/511652436
ID de réunion : 511 652 436

Connexion lundi 18.05.2020 dès 18h30 pour socialiser, se mettre en place, s'informer.
Débat à 19h00

La question de départ pourrait être : Comment différencier l’homicide, l’euthanasie, l’acharnement ou l'abandon thérapeutique, et l’accompagnement des soins dans les situations critiques de traitements en dernieres instances ?
Outre des indications pratiques, médicales, mais aussi éthiques et de mise en oeuvre au sein des institutions, Dr. Dallaporta Bruno (néphrologue et diplômé en philosophie éthique) donne une première série de repères dans sa vidéo 1 (durée 6.mn, cliquer ici) . En voici l'essentiel résumé ci-dessous :

Cinq situations à distinguer :

1° : Le médecin prescrit un analgésique. Exemple : personne en détresse respiratoire et la sédation la conduit à mourir.
2° : Le médecin s'abstient. Exemple : personne très affaiblie, refusée en réanimation, et qui en meurt.
3° : Le médecin limite ou arrête le traitement. Exemple : l’arrêt des traitements pour une personne en dialyse, ce qui la tue.
4° : Le médecin aide un suicidant. Exemple : on met à disposition de la personne une substance qu’elle va ingérer elle-même (si elle le souhaite).
5° : Le médecin participe activement à l'euthanasie. Exemple : il injecte lui-même la substance qui cause le décès de la personne.

Commentaire du Dr. Bruno Dallaporta :
> On observe un crescendo de 1 à 5. L’euthanasie serait plus grave moralement (n°5) que le cas n°2 où un patient n’est pas transféré en réanimation.
> Dans les 3 premiers cas, on considère que la personne meurt du fait de la nature.
> Dans les cas 4 et 5, on considère que la personne meurt du fait de l’homme.

La loi Léonetti considère que les 3 premiers cas sont légaux (permettre de mourir), mais pour les cas 4 et 5, l'acte médical revient à achever le patient.
Pour le médecin, la prise de décision se rapportant aux 3 premiers cas n’est pas très difficile à supporter moralement.
En revanche, les cas 4 et 5 engage la conscience du médecin.

Pour ne pas se trouver en situation d’homicide, le médecin doit rester dans la situation des trois premiers cas de figure.
Fin des commentaires.

Réserve : cette première vidéo ne résume pas toute la pensée du Dr Bruno Dallaporta, pour mieux la connaitre, je vous invite à écouter la série des 7 courtes vidéos (ici) où il s'exprime à ce sujet.

Proposition pour notre café philo :
- Que pensez-vous de la distinction opérée par la loi Léonitti ? Justifier brièvement en une phrase votre position.
- Dégageons la question qu'elle soulève. 
- Puis débattons sur la question qui semble réunir l'enjeu le plus pertinent de cette question de l'homicide, de l'euthanasie, de l'acharnement ou de l'abandon des soins et, par ailleurs, de l'accompagnement aux soins de dernières instances.
- A charge pour nous, les participants, de trouver/formuler les questions qui nous touchent le plus, puis de retenir celle autour de laquelle nous debattrons en particulier. 
- Procédure de sélection de nos questions : elles seront reformulées et réorganisées de sorte à en limiter le nombre. Il s'agira de nous recentrer sur celles qui nous interpellent le plus, et qui restent en lien avec le sujet du jour. Puis, essayons de nous entendre sur une seule question. Si nous n'y parvenons pas, nous procéderons à un vote à un seul tour.

[b Des ressources : [/b]
- Les vidéos de Bruno Dallaporta (merci à Christian Mrasilevici) postées ici.
- « La médecine des personnes âgées ne peut pas tourner indéfiniment le dos à la liberté et à la mort ». Un article pdf de Philippe Bataille. Sociologue.

Indications Informatiques :
> Lien pour participer à notre café philo Zoom : us04web.zoom.us/j/511652436
- Une fois connecté, laissez Zoom prendre en charge le contrôle audio et vidéo de votre ordinateur.
> Si un n° ID de réunion est demandé : 511 652 436
- Interdit d'interdire - Bernard Stiegler : face à l'urgence climatique, que faire ? Bernard Steigler invité de Frédéric Taddeï.
- Familiarisez-vous avec l'usage de l'interface de l'écran Zoom (image descriptive ici)
- Fermez Skype et les autres logiciels de communication pendant les opérations; fermez également vos autres pages internet pour optimiser votre connexion zoom.

Comment procéder si vous venez pour la première fois ?
- On peut assister à la rencontre sans intervenir, et juste pour écouter.
- Les non-habitués du café philo d’Annemasse sont les bienvenus.
- Connectez-vous en avance pour socialiser, vous installer confortablement, vous familiariser avec l'usage de Zoom.

Quelques indications techniques pour participer
- Si vous ne parlez pas, coupez votre micro (évite les bruits de fond, ce qui est plus confortable pour tout le monde)
- Incrivez votre nom pour demander la parole. (chacun son tour, dans l'ordre des demandes, avec une priorité pour les participants qui s'expriment le moins).
- Réactivez votre micro quand Brigitte ou Laurence (animatrices) vous donne la parole
- Du papier et un crayon à vos côtés peut vous rendre service.
- Installez-vous confortablement avec une boisson et vivez notre moment d'échange comme un moment de pause, mais aussi comme un moment qui va mobiliser votre attention. B)

Quelques indications pour participer au débat.
Si vous en avez la possibilité, précisez la nature de votre intervention : demander une précision, revenir vers le sujet, apporter une information, demander un éclaircissement, poser une question.
On peut également intervenir brièvement dans le débat par le tchat (conversation écrite) pour répondre à un intervenant, préciser son intervention. L'animatrice lit le plus souvent vos interventions.

Pour limiter les effets de dispersion dans le débat :
- Evitez de multiplier les exemples, de citer de longues expériences, de vous lancer dans de longues explications, mais allez au fait de votre argumentation.
- On s'efforce de relier son intervention au sujet, de mettre en lien ce que l'on dit avec ce qui a été dit.
- En bref, considèrons la concision comme un excellent exercice de la pensée et favorisons la circulation de la parole pour construire au fil de notre échange notre débat, pour rechercher, suggérer les problématiques qui le sous-tendent.

Pour agir sur la structure dynamique du débat
- Chacun peut situer le registre ou la typologie de son intervention, par exemple :
> de relever des contradictions,
> de répérer une thèse dans une intervention,
> de formuler une problématique,
> de mettre en évidence un présupposé,
> de proposer un contre argument,
> de rapporter un nouvel argument, notamment si la discussion bute sur une impasse,
> de reformuler la question à laquelle vous apportez une réponse,
> de résumer quelques interventions, de faire une micro synthèse, de recentrer le débat,
> de proposer que l'on se fixe sur une seule question lorsqu'on a balayé suffisamment largement le débat.
> Merci à tous.
Dernière édition: il y a 1 mois 2 semaines par René G..
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10ème Zoom philo avec Dr. Bruno Dallaporta : Homicide, euthanasie, acharnement et abandon thérapeutique ou accompagnement en temps de Covid19. Zoom philo du lundi 18.05.2020 il y a 1 mois 3 semaines #2

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Un compte-rendu de notre échange

Ambiance générale:
Entre 20 et 30 personnes étaient présentes pour ce zoom philo. Merci au Dr. Bruno Dallaportat (de Paris), à Michel Tozzi (Narbonne), à Elisabeth Godinveau (Belgique) et à Latifa Nejjari (Maroc) de leur participation....Merci à tous les autres participants, connaissances et amis présents depuis d'autres contrées.
Notre échange a été, par rapport à ce thème de la thanotologie, comme une longue exploration des questions, des problèmes, des enjeux qui se sont posés à nous à ce moment-là. Ce moment témoigne d'une sorte de "trouble anthropologique", comme s'il se négociait entre la société et l'individu d'autres manières d'envisager la mort.
Certes, il y a eu la question de la mort en elle-même, une sorte d'objet "philosophique" insaisissable, multiple, éminemment subjectif et sociétal. Et il y a eu aussi tout ce qui entoure la mort :
- la loi, le corps médical, les proches, la société et nous-mêmes comme individu, comment chacun se représente sa propre fin. A ce niveau, soulignons le souhait, relativement affirmé pour chacun, et non pas seulement comme un souhait lointain, de vouloir que ce dernier moment de la vie lui appartienne en propre et qu'il se définisse selon sa volonté.

Les questions-réactions premières face aux 5 situations critiques (voir message précédent):
- Michel Tozzi : Entre les 3 premiers cas et les 2 derniers se pose la question du légal (la loi) et du légitime (le sentiment de ce qui est juste selon sa conscience). Peut-on opposer le laisser-mourir et le faire mourir ? En effet, il y a une distinction à opérer entre l’acte et l’intention, distinction qui peut être ténue.
- André : Pour ma part, le présupposé dans ces situations repose sur l'idée que le naturel est bien tandis que le non-naturel est risqué. Pourquoi s’en remettre à la nature ?
- Romain : le présupposé que je repère consiste à considérer que mourir est négatif, tandis que vivre serait de facto positif. Notre corps nous appartient-il ? La société a-t-elle un droit de regard sur lui ?
- Élisabeth : Choisir de ne rien faire (qui peut être fatal), est-ce une intention, autrement dit, n'est-ce pas un acte qui implique une responsabilité au même titre que l'accompagnement à mourir (et pour lequel tout un dispositif est prévu) ?
- Nikky : Y a-t-il un accompagnement « spirituel » quel que soit l'acte, l'intention, y compris quand on laisse faire ?
- Françoise : La question de la dignité se pose-t-elle quand la souffrance, la déchéance, l'abandon accompagnent la mort ?
- Marie-Thérèse : Y a-t-il eu des abandons thérapeutiques dans les choix qui ont orienté des prises de décision dans les situations d'urgence ? (dans les différentes étapes de prises en charge des patients durant la gestion du Covid 19)
Quelques problèmes et séquences argumentatives repérées lors de nos échanges

Une ambiguité de départ
- La distinction entre "laisser-faire" la nature (ne pas soigner) et "faire mourir" n'est pas claire car dans les deux cas, c'est le médecin qui fait le choix. Ainsi, prescrire un antalgique, ne pas recevoir un patient en salle de réanimation ou arrêter une dialyse revient à faire mourir ou à prendre le risque de faire mourir. Le médecin ou l'équipe médicale, notamment en situation d'urgence, peuvent ne pas avoir l'intention de faire mourir, mais la conséquence du choix fera mourir ou fait prendre le risque de faire mourir. Ainsi, on se demande s'il n'y a pas un glissement qui peut s'opérer entre l'acte (ne pas faire de choix) et l'intention qui serait : accepter d'emblée la conséquence de faire mourir par un non-choix ? Et, dans le cas du Covid19,  le non-choix peut être imposé en raison de la pénurie de moyens et de la désorganisation des services qu'elle entraîne.
- A contrario, dans les situations d'accompagnement, la mise en place d'une procédure collégiale (vidéo 2), les étapes de la délibération, les modalités de la prise de parole (notamment celles adoptées par le Dr Bruno Dellaporta) témoignent d'une réelle attention dédiée au patient, à sa vulnérabilité, à son bien-être.
- Une question a posteriori qui semblait sourdre lors de notre débat : les moyens et l'attention accordés aux cas n°1,2 et 3 ne doivent-ils pas être aussi importants que ceux accordés aux situations 4 et 5 ? Autrement dit : y a-t-il un risque que le médecin se décide trop rapidement pour les situations cliniques 1, 2 et 3, que les patients ne soient pas accompagnés dans ce dernier moment ?

Quelques propos (postures/idées) tenus par les participants :
Guy : « Une liberté qui élimine une vie n’est pas une liberté, mais une vie qui élimine la liberté n’est pas une vie. » (Citation tirée d’un film) Elle résume la demande de liberté (du pour et du contre concernant l'euthanasie). De fait, si au nom de ma liberté, je choisis de me faire mourir, peut-être ne suis-je pas aussi libre que je le prétends ? A l'opposé, si le choix ne m'est pas permis, alors la liberté (qui se rapporte dans ce cas qu'à moi-même) n'est pas entière. (Nous verrons plus bas des raisons structurantes de ce pour ou contre).
Romain : L’euthanasie n’est qu’une forme de mort parmi d’autres. Par exemple, c'est le cas de ceux qui se laissent mourir, de ceux qui se suicident sans le dire, (notamment après la mort d’un conjoint), de ceux qui prennent des risques incontrôlés ou qui souffrent d’anorexie, etc. On peut aspirer à mourir jusqu’à se laisser mourir… Pourquoi ne pas donner la liberté à chacun, voire la tranquillité du droit de mourir comme il l’entend ?
Michel K. : Faut-il envisager un apprentissage à mourir ? Si oui, quelles sont les étapes de cet apprentissage, comme l’adapter à différentes situations et à tout un chacun ?
Nadège : Je suis convaincue que l’individu doit avoir le choix, qu’il le fasse ou pas quand le moment viendra pour lui. Mais le choix pour soi doit être un droit. En revanche, peut-être n’est-ce pas au médecin de poser des actes d'euthanasie s'ils doivent être pratiqués.
> Frédéric : Par rapport aux rites funéraires, à l'accompagnement à la mort, les pratiques ont évolué selon les lieux et les époques, comment se négocie cette liberté entre celle que revendique l’individu et celle qu'octroie la société ?

Résumé de quelques problématiques de fond
Une contradiction ?
> L’euthanasie, le suicide ou des comportements suicidaires, etc., se résument-ils à une même forme de mort ? Non, je ne crois pas, il nous faut distinguer :
- le suicide,
- les styles de vie suicidaire (prise de risques inconsidérés),
- les pathologies (mal-être psychologique conduisant à un risque de mort : anorexie, dépression profonde, etc.),
- l'accompagnement en fin de vie dans les situations 1, 2 et 3
- et l'euthanasie.
En effet, si l’on ne distingue plus ces différentes situations en raison du fait qu’elles conduisent à la mort ou au risque de mourir, cela revient à nier la liberté et la conscience de soi. Or, cette dernière est la faculté par laquelle chacun est "sujet de lui-même" et ce par quoi il peut revendiquer que sa mort lui appartient.

Une évolution de "l'idée de dignité".
Le sentiment de sa dignité, dans le cadre du débat sur l’euthanasie, a été mis en évidence par l’association ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), il est en étroite relation avec l’acharnement thérapeutique et les soins de fin vie. En effet, lorsque survient la perte d’autonomie, la dépendance pour sa toilette, l’isolement, la pénibilité des soins, le manque de soin en raison du pénurie de personnel ou de moyens sanitaires, le patient peut ressentir sa situation comme dégradante. Ce sentiment peut faire référence à ce qu’il est convenu d’appeler "l’estime de soi".
La question qui peut donc se poser est la suivante : l’estime de soi est-elle relative aux soins que l’on reçoit ou relève-t-elle d’un principe inconditionnel ?
> Mise en perspective : dignité, du latin "dignitas", se rapportait dans la Rome Antique, à ce qui rend digne de mérite. Ce sont des marques de reconnaissance qu’une société témoigne à ses concitoyens selon des valeurs ou des services rendues à la communauté ou à la République. En droit international, la notion de dignité de la personne humaine a été introduite dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948. Mais sur le plan philosophique, c'est à Kant que l'on doit l'idée d'un respect accordé à tout être humain et ce, de façon inconditionnelle (par principe, par devoir et selon la droite raison - par cohérence avec le principe d’égalité)

Le problème qui se dessine :
La pratique nous montre que dès que les patients sont bien soignés, entourés, que les douleurs sont soulagées, ils ne réclament plus l’euthanasie… Le désir de mettre fin à sa vie est corrélé à la qualité des soins et des relations dont on bénéficie. Pour moi (Dr. Dallaporta) le vrai débat porte sur la qualité des accompagnements et non sur le droit à l’euthanasie ni sur celui de mourir dans la dignité. En effet :
- la dignité est accordée sans condition, elle est un principe universel,
- les demandes d’euthanasie sont extrêmement rares, voire inexistantes quand les soins et les accompagnements sont de bonne qualité.
- Enfin, il y a un danger à légiférer sur le droit à l’euthanasie :
> Le sentiment de sa dignité, son estime de soi, serait dès lors indexé sur les valeurs du moment, sur la disponibilité des proches, du personnel soignant et, par conséquent, sur les valeurs d'une société et les moyens dont elle dispose. De fait, on fait voler en éclat le principe d'universalité de la dignité humaine.
> A côté de cela, on attend du médecin un acte qui contredit le serment d’Hippocrate. C’est une rupture majeure dans son éthique que de mobiliser son intention pour aider à mourir.

La contre-argumentation d'une participante :
"En 2019, 1214 personnes sur 828 000, soit 1,3% des adhérents de l’association Exit en Suisse, ont choisi d’être euthanasiés. Il y a tout un travail d’accompagnement mis en place par l’association, les personnes décèdent à la maison, et ce n’est pas le médecin qui prescrit ou accompagne l’acte final. Or ces personnes en fin de vie pouvaient tout aussi bien choisir d’être accompagnées avec une sédation profonde, mais cela n’a pas été leur choix. Je suis convaincue que l’individu doit avoir le choix, qu’il en fasse usage ou pas. Notre liberté et notre dignité s’en trouvent grandis si nous pouvons choisir, tandis que la législation oppose un veto à cette possibilité."

La dimension anthropologique du problème
La question du choix de sa mort est une question moderne : elle résulte du choix de l’individu qui, comme il choisit sa vie, revendique également de choisir sa mort. Il y a certes le progrès médical qui permet que l’on se pose la question par la possibilité donnée de maintenir des soins ou de les interrompre.
Mais le fait de s’appréhender et de se situer comme individu ne résume pas toute notre identité, puisque celle-ci résulte d’interactions, qu’elle s’insère dans un tissu social structurée par des lois. De fait, on peut vouloir choisir sa mort, mais ce choix est le fruit d’une négociation qui ne se joue pas seulement avec soi-même : nos proches, le regard de la société que nous avons intériorisé, le système de santé, les lois conditionnent en partie la manière dont nous nous percevons. De fait, une législation autorisant l’euthanasie est une législation qui lève un tabou fondamental : l’interdiction de tuer. Ce qui pose la question : est-ce que dans mon choix je mets en avant l’individu sur un mode inconditionnel, ou est-ce que je prends en compte que je suis partie intégrante d'une société ?
L’éthique de la vulnérabilité
Le principe universel de la dignité humaine est lié à l’éthique de vulnérabilité (Lévinas). Elle est celle que l’on accorde au nouveau-né, à une perception sensible à autrui. Elle est cette perception qui nous affecte lorsqu'on rencontre autrui dans sa nudité première. Cette éthique du sensible invite autant à prendre soin du nouveau-né que de la fin de vie. D’un point de vue philosophique, une législation autorisant l’euthanasie porterait atteinte à un affect profond et sensible dans notre rapport à l’autre. Ce n’est donc plus seulement un principe de raison qui est renversé mais la structure profonde d'un affect et d'un lien qui s'établissent dans notre rapport à autrui.

En guise de conclusion
L’enjeu du débat dépasse, d’une certaine manière, l’avis personnel de tout un chacun, puisqu’il met en jeu une négociation qui traverse toutes les dimensions de soi, de la vie, de notre rapport à l’autre et à la société. Aujourd’hui, quelques démocraties autorisent l’euthanasie, mais on ne sait si elles vont constituer des exceptions et si d’autres les rejoindront.
La prise de conscience de soi, comme être social et sociétal (et non plus seulement comme individu) repositionne la question de l’euthanasie dans un contexte élargi.
La question peut à nouveau se poser : la liberté de choisir sa mort peut-elle être considérée en tout conscience, avec soi, avec ses proches, avec le personnel soignant qui se porterait volontaire, et de part une loi qui, avec une législation soigneusement élaborée, lèverait le tabou de la mort ? Cette loi veillerait en particulier à ce que toutes les conditions du bien-être social, psychologique et d’accès aux soins les meilleurs restaient garantis ?



Enregistrement vidéo du café philo de Christian Mrasilevici.
www.youtube.com/embed/Yo3BjBTMedM
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