Bienvenue, Invité
Nom d'utilisateur: Mot de passe:

» Voir la page de ce groupe

  • Page:
  • 1

SUJET: Le polyamour, un concept élargi de l'amour ou une errance dans l'art d'aimer ? Sujet du lundi 02.09.2019 + compte-rendu.

Le polyamour, un concept élargi de l'amour ou une errance dans l'art d'aimer ? Sujet du lundi 02.09.2019 + compte-rendu. il y a 3 semaines 3 jours #1

  • René G.
  • ( Modérateur Global )
  • Portrait de René G.
  • Hors ligne
  • Modérateur
  • Des problèmes avec le site ? contactez-moi. Merci.
  • Messages: 721
  • Remerciements reçus 33
Le polyamour, un concept élargi de l'amour ou une errance dans l'art d'aimer ?

Je croyais voir derrière le polyamour une manière de nommer l'infidèlité, voire l'instabilité amoureuse pour se donner bonne conscience, mais je découvre au contraire, à la suite de quelques témoignages et lectures, une pratique riche complexe, une volonté d'être honnête, sincère, un souci éthique et qui se questionne... En bref, une philosophie de la personne se dégage de cette pratique qui ne se réduit pas à un libertinage débridé. A nous d'en questionner le sens, les ressorts, mais avant tout, d'en comprendre les enjeux afin d'approfondir notre regard sur la condition humaine. ;-)

Quelques défnitions de base :
- Compersion :
De l'anglais Compersion. Proche de la compassion ou l'empathie en français. Souvent assimilié comme le contraire-même de la jalousie. Décrit le sentiment d'éprouver de la joie quand les personnes que vous aimez partagent de l'amour (y compris sexuel) avec d'autres.
-Jalousie :
Dans le cadre d'une relation amoureuse, la jalousie est la conséquence de la peur de perdre l'être aimé ou l'exclusivité de son amour, au profit d'une autre personne – sentiment qui peut être fondé sur l'imagination. Dans les cas extrêmes (paranoïa, agressivité permanente) elle est attachée à une relation « amoureuse » sur un mode possessif.
- Polyamour :
Du grec Poly (plusieurs) et du latin Amory (amour). Relation sentimentale honnête, franche et assumée avec plusieurs partenaires simultanément (Source : polyamour.info).
Le polyamour est la création entre plusieurs personnes, de liens et relations durables, plurielles, amicales, affectives, amoureuses, sexuelles. (Source : polyamour.be)
La possibilité de vivre simultanément plusieurs relations intimes (amoureuses et/ou sexuelles) de manière consensuelle et éthique. Autrement dit, que toutes les personnes concernées soient au courant et d’accord, et s’engagent à prendre soin de leurs relations. (Source : Queer Paris)
- Polyacceptant.e :
Désigne une personne qui préfère ne vivre des relations qu'avec une seule personne mais qui accepte les relations multiples de son ou sa partenaire.
- Polyamour solo :
Approche du polyamour non centrée sur le couple, impliquant par exemple une grande autonomie et le fait de ne pas habiter avec ses partenaires.
- Poly-exclusivité / Polyfidélité :
Extension de l'exclusivité (amoureuse et/ou sexuelle) à plus que deux personnes. Exemple : un trio poly-exclusif est un trio non-exclusif au sein du trio mais exclusif en dehors.
- Polyfake :
Désigne une personne qui se dit polyamoureuse, mais a des pratiques non "polyamoureuses" : mensonges, tromperies, mépris, jugement, etc

Des questions (inspirées du Journal de la philo) :
Le polyamour théorise des questions intéressantes :
- L’amour prend-il nécessairement la forme du couple ?
- Est-il forcément singulier ?
- Oblige-t-il à la fidélité et à la monogamie ?
- Est-il affaire de propriété et de jalousie ?
- Comment être libre tout en étant attaché à quelqu’un ?
- Qu’est-ce qu’un amour pluriel sans être de l’échangisme, de l’infidélité ni de la polygamie ?
- L'amour se définit-il essentiellement comme des élans à satisfaire ? Ces élans seraient-ils toujours lisibles, univoques et clairs ?
- Le polyamour, un concept élargi de l'amour ou une errance dans l'art d'aimer ?

Ressources
- Le polyamour, un nouveau concept. Le journal de la philo. France Culture.
- A nos (Poly)amours : vive la diversité ! Atelier de la création. France Culture.
- Le polyamour pour se sentir plus vivant en 5mn. France Culture.
- La compersion : peut-on apprendre à être heureux du bonheur de l'autre ? Louie Média (émission-radio de 47mn)
- ESTHER PEREL • Je t'aime, je te trompe. Interview intéressante de 15mn)
- L'amour dure 90 secondes. Marine Dubouldy. Tex Annecy. Durée 11mn
- ESTHER PEREL • Je t'aime, je te trompe. Article le Temps.
- Ni libertin ni infidèle, le polyamour fait des ravages. Article Nouvelobs.
- J’ai été élevé par des parents polyamoureux. Article de Vice.
- Polyamour: est-ce vraiment possible de ne pas ressentir de jalousie ? Article de Slate.
- J'ai accepté le polyamour car je ne crois plus en notre histoire. Podcast de Slate.

Le site de nos voisins : Polyamour Genève. A ouvrir en nagivation privée si le lien ne fonctionne pas.
Dernière édition: il y a 2 semaines 3 jours par René G..
Merci de vous enregistrer pour avoir accès à cette page, ou de contacter l'administration.

Le polyamour, un concept élargi de l'amour ou une errance dans l'art d'aimer ? Sujet du lundi 02.09.2019 il y a 2 semaines 3 jours #2

  • René G.
  • ( Modérateur Global )
  • Portrait de René G.
  • Hors ligne
  • Modérateur
  • Des problèmes avec le site ? contactez-moi. Merci.
  • Messages: 721
  • Remerciements reçus 33
Compte-rendu de séance

Environ une trentaine de personnes présentes, dont de nombreuses nouvelles. Peu d'entre elles ont pris la parole. Il est possible qu'elles soient venues surtout pour voir ou entendre parler du sujet plutôt que de réagir à son propos.

Ambiance :
Très sérieuse, réflexive. Certains participants expriment leur impossiblité de concevoir pour eux-mêmes le polyamour, d'autres ont soulevé des questions qui en revèlent les enjeux. Dans tous les cas, c'était un peu comme si la thèmatique exigeait que l'on pense en dehors des "cadres" ou normes habituelles de façon à ne pas céder à la facilité qui consiste à rejeter les problèmes posés ou à juger trop promptement : c'est une mode qui va passer, les gens font n'importe quoi, c'est une forme d'échangisme...etc. Non, il importait d'adopter un regard décentré (qui ne prend pas comme centre soi-même), et de s'efforcer de saisir une pratique, des témoignages sur un mode compréhensif et à partir du point de vue des pratiquants.
Retenons que nous étions partis avec un postulat contraignant mais significatif donné par l'éthique du polyamour : les pratiquants revendiquent une authenticité : ils éprouvent de l'attachement et de l'amour pour leurs partenaires, ils se soucient d'eux. Ils sont honnêtes et rejètent la tromperie. Ils s'interrogent beaucoup pour concevoir une éthique du respect en lien avec leurs pratiques.
Ces conditions éthiques obligent, d'une certaine manière, à rendre compte à soi-même et à ses partenaires, d'un questionnement et de prised de conscience qui ne peuvent laisser indifférent. Ainsi, on peut avancer qu'il y a une philosophie du polyamour (et non seulement un code des pratiques comme on le voit dans les clubs échangistes). Non les polyamoureux ne s'apparentent pas à des clubs de pratique, ils ne se sentent pas concernés par une pure consommation du sexe ou à par l'idée de mulptiplier les partenaires, ils se cherchent eux-mêmes et se sentent impliqués dans leur personne par leur pratique.

Une question préalable qui a été posée : ce sujet est-il philosophique ?
Réponse
: lorsque l'on questionne des faits de société, certes nous ne soulevons pas un problème ou une notion philosophique de type académique. Mais le parti pris des cafés philo est d'aborder toute question, tout problème sociétal et humain de manière philosophique. C'est-à-dire, de s'interroger sur ce qui a lieu vraiement, en quoi cela questionne notre rapport à soi, à la société, à l'éthique ? Qu'est-ce que ma pratique dit de l'être humain, en quoi elle se rattache à des problèmatiques philosophiques, voire à des auteurs ? Il est intéressant notamment de réinventer une philosophie à partir des pratiques humaines effectives (une philosophie anthropologique), et de faire le lien avec la philosophie académique. Rappelons également que nous mettons en oeuvre une philosophie pratique par nos questionements, nos interprétations, le respect des échanges, le désir de comprendre, le partage de nos réflexions, la prise de distance par rapport à nos références et réactions premières, les essais d'interprétation de ce qui est dit, les propositions que nous formulons.

Le point de vue d'un expert, pour Michel Tozzi,la pratique philosophique requiert la mise en oeuvre de 3 habilités :
1° Conceptualiser : c'est essentiellement définir les termes, les circonscrire pour en questionner les limites, découvrir les termes proches et apporter des nuances, préciser ce qu'ils recouvrent et s'autoriser (dans un groupe) à parler de la même chose.
2° Argumenter : il s'agit de rendre compte des raisons de sa pensée. A partir de quoi pensons-nous ceci ou cela ? Faisons-nous un bon usage de notre raison (des rapports de cause et d'effet, de corrélation et d'analogie, de conséquence et d'effet secondaire, distinguons-nous le subjectif de l'objectif ? etc...)
3° Problématiser : C'est questionner les propositions, repérer les contradictions, voir les problèmes qu'elle pose, les formuler et dégager le problème et les nouvelles interrogations qui se posent.
> Le professeur Galichet ajoute : interpréter. C'est toute la question de l'herméneutique, du sens que nous donnons à nos propositions, de la signification et des conséquences avec lesquelles elles font "philosophie de vie", c-à-d, de la manière dont elles s'inscrivent dans notre vie.

Pour aller plus loin :
- Intérêt et dérives du Café Philo. Michel Tozzi. Revue Diotime.
- Repères pour la problématisation. Michel Tozzi. Revue Diotime.
- La discussion à visée démocratique et philosophique (DVDP) : finalité, enjeux, pratiques. Michel Tozzi. Revue Diotime.
- Les deux paradigmes du philosopher : argumenter et interpréter. François Galichet. Revue Diotime.

Quelques questions posées (merci à Annie qui me les notées) :
Le polyamour est un concept mental, quelle est la réalité sentimentale ou émotionnelle qui l’accompagne ?
- Y a-t-il de vrais sentiments d'amour ou juste du désir ?

- Peut-on encore parler de réelle intimité si cette intimité n’est plus exclusive ?

- La sexualité peut-elle garder encore sa dimension du sacré, si elle en a une ou si l'on pense qu'elle doit en avoir une ?

- La multiplication des partenaires avec lequel on entretiendrait une relation intime ne serait-elle pas une façon de diminuer le risque face à la profonde inquiétude de la souffrance de séparation ?

- Qu’est-ce qui nous motive à adhérer à un concept (le polyamour = un concept qui cherche à se définir), dans le cadre de l'amour ? Oui, pourquoi ne se mettre en accord avec son ressenti profond et par des engagements singuliers avec son ou ses partenaires ? Pourquoi inscrire le polyamour dans un projet communautaire ou collectif ?

- La notion d’amitié avec les autres personnes n’est-elle pas suffisante pour satisfaire nombre de nos besoins/désirs relationnels ?

- Qu’ajoute la relation sexuelle à une relation amicale ? Quelle différence avec les sexfriends ?

- Le fait d’entrer en relation intime ( et d'inclure une sexualité avec plus d’une personne) est-ce une manière (accepté de tous les protagonistes) de combler ses besoins, - même inconscients - et que le partenaire dit "de base » ne peut jamais satisfaire suffisamment ?

- Le couple étant (en général) non pas un amour inconditionnel mais conditionnel. (exclusivité sexuelle + recherche de l’union la plus forte/privilégiée)...A quoi le polyamour est-il conditionné ?

- S’il est convenu qu’aucune personne (ni amour) ne permet de combler nos « désirs » et « besoins » psychologiques/sexuels à 100%, le polyamour permet-il seulement de moins souffrir, de se protéger d’une crise existentielle, de se donner plus de confort de vie ?

- Je peux aimer et ressentir des affinités, des attirances avec de nombreuses personnes, de les inscrire dans une sexualité, est-ce une manière de se rassurer, de gonfler son ego ?

- L'amour sans engagement, est-ce de l'amour ?

- On ne ressent jamais les mêmes choses d'une personne à l'autre, ni on ne partage la même intensité, comment le polyamour peut-il être multiple ?

- Comment aimer bien plusieurs personnes alors qu'il est si difficile d'en aimer qu'une ?

- Le polyamour est-il une réponse à l'usure du couple ?

- Les difficultés de la vie à deux exigent des dépassements, qui ne doivent pas conduire au sacrifice de soi ou de l’autre, ni à toutes sortes de compromis, il s'agit plutôt de cheminer vers plus d’accomplissement. Dans cette optique, le polyamour, en raison du fait qu’il requiert beaucoup de temps (gestion d'agendas multiple) et qu’il permette de multiplier les lieux de tendresse et de partage, empêche-t-il d’aller vers la résolution de ses propres problèmes, vers le dépassement de ses propres limites ? Ne fait-il que procurer plus de plaisir à vivre ? Certes, ce n'est pas négligeable, mais on conviendra que le seul plaisir d'être soi est insuffisant (très limitant et enfermant sur son propre ego en fait).
- le (mon) polyamour est-il au contraire une sorte de transition entre l'amour-narcissique (auto-centré sur les égoismes) à un amour plus "universel" (ouvert et questionnant les limites de chacun) ?

En guise de conclusion :
Il ressort qu'il revient à chacun de questionner ce qu'il met en jeu dans son intimité, dans ses relations. Suis-je en train de mieux me connaître, de m'ouvrir ? Suis-je tout simplement en expérimentation de "moi", de mes élans ? Suis-je conduit à mieux aimer, à mieux respecter autrui ? Est-ce que je ne fais que "consommer" de l'amour, des relations ? A quelle gratification je donne satisfaction dans mes rapports aux autres ? Qu'est-il raisonnable d'attendre de l'amour ?
Ou au contraire pour les monogames : Est-ce que j'enferme l'autre dans mes limites ou est-ce je m'adapte à ses limites pour ne pas dépasser les miennes également ? Que fais-je des autres attirances que je ressens alors que je suis en couple ? Comment je comprends ses autres attirances ? Quelle place leur donner dans un rapport à la connaissance de soi ou dans son rapport au couple ? Comment je dépasse le risque d'enfermement du couple sur lui-même, les envahissements ? Est-ce que je me gère sur le mode de la crise : je crise de temps en temps et d'avoir libérer mes pulstions, je me sens soulagé. Et, ne voyant aucune autre issue, je m'inscris ainsi sur un mode de vie qui va de crise en crise ?
De façon plus fondamentale, quelles que soient mes pratiques et mes choix, se pose la question de mon dépassement, de sa visée et du sens "élargi" ou "rétréci" dans lequel il m'inscrit.

En bref,
- Comment je sublime mon couple pour aller vers plus d'humanité en moi et la découvrir en l'autre en même temps qu'en tout autre ?
- Est-ce que je m'enferme en moi et dans mon couple pour maintenir une homéostasie psychologique et limiter mon mal-être psychologique ?
- De quelle philosophie de vie relève mon couple ? De quelle manière je (ou nous avec mon couple) dépassons-nous nos contradictions ?
- Pour ces trois questions, on peut remplacer le mot "couple" par celui de "polyamour".

Commentaire :
- La question du polyamour peut être vue comme une question "sociétale" (les pertes de repère, l'absence de récit symbolique, religieux ou universel partagé dans nos sociétés) qui conduit à tout essayer plutôt que d'assumer des limites, des frustrations, plutôt qu'à viser des dépassements... Reste à savoir quels dépassement, pour quels buts/ directions. Précisément, en raison du désenchantement du monde, les visés d'un dépassement vers l'idée d'un "bien commun", vers ce qui nous relie aux autres et à l'environnement dans sa globalité peut nous faire défaut.
Cela dit, on peut ne pas écarter que s'expérimente là des formes d'éthique, de rapport à l'autre qui ouvrent sur des "possibles", une meilleure compréhension de soi, de l'autre et qui fassent transition vers de meilleurs rapports à soi et à l'autre.

Ci-dessous, sujet corrélé au thème de l'amour :
- Quelle est la place de la sexualité dans le couple ? + compte-rendu et carte mentale
- Que peut l'amour (à partir du portrait d'Elise Boghossian, acupunctrice humanitaire) ? + compte-rendu
- L'amour est-il une aliénation ? + compte-rendu
- S'aimer soi-même conduit-il à aimer autrui ? + compte-rendu et carte mentale
- Nouons-nous, quel est le sens de la vie à deux ? + compte-rendu et carte mentale
- Faut-il aimer rarement pour aimer beaucoup ? + compte-rendu)
- Est-il possible de se débarrasser de la jalousie ? (+ compte-rendu et schémas)
- Que dit la sexualité de l'être humain ? (+ Compte-rendu et schémas)
- Avons-nous la philosophie de nos affects ? + compte-rendu et carte mentale
- Faut-il réaliser tous ses fantasmes ? Compte-rendu + schéma
- Amour de soi et amour-propre. Une comparatif entre une approche rousseauiste et une approche moderne.
- Peut-on supporter la séparation ? + compte-rendu et schéma.
- Renonçons-nous trop vite à l'amour ? + Compte-rendu et schéma.
- Aimer, relève-t-il d'un devoir ? (Francis Wolf- + compte-rendu et carte mentale)
- La relation à l'autre est-elle toujours une relation de pouvoir ? + Compte-rendu.
- Le plaisir sexuel féminin est-il supérieur à celui du masculin. + Compte rendu.
- Peut-on supporter la séparation ? + Compte-Rendu et schéma
- Un document synthétique ici (avec schémas)
Dernière édition: il y a 2 semaines 18 heures par René G..
Merci de vous enregistrer pour avoir accès à cette page, ou de contacter l'administration.
  • Page:
  • 1
Modérateurs: admin.cafesphilo.org

Soutenez-nous

Soutenez-nousContribuer à une citoyenneté éclairée. Soutenir les activités philosophiques.
Faire un don

En savoir plus

Nos partenaires

Nos partenairesIls nous soutiennent.
Ils s’engagent et engagent une réflexion éthique sur la citoyenneté.

En savoir plus

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?Des personnes, des philosophes, des militants pour une pensée critique et sereine, libre mais engagée.

En savoir plus