Bienvenue, Invité
Nom d'utilisateur: Mot de passe:

» Voir la page de ce groupe

  • Page:
  • 1

SUJET: Un Eloge de la Fragilité. Présenté par Wedad pour lundi 15.07.2019

Un Eloge de la Fragilité. Présenté par Wedad pour lundi 15.07.2019 il y a 4 mois 1 semaine #1

  • René G.
  • ( Modérateur Global )
  • Portrait de René G.
  • En ligne
  • Modérateur
  • Des problèmes avec le site ? contactez-moi. Merci.
  • Messages: 730
  • Remerciements reçus 33
Un Eloge de la Fragilité
Merci Wedad pour la présentation de ton sujet ci-dessous. B)

Ce thème m'interpelle depuis longtemps. D'abord parce que j'y suis confrontée moi-même au quotidien et aussi parce que c'est un thème de société qui s'impose de plus en plus.

D'abord quelques définitions classiques de la fragilité :
Selon le Larousse : Fragilité = caractère de ce qui se brise facilement.
Synonymes : précaire, vulnérable, faible, instable..
Contraires : fermeté, invulnérabilité, constance, stabilité

Je me suis inspirée essentiellement pour cette présentation de la lecture d'un ouvrage , issu d'un débat des Rencontres capitales 2018, qui a réuni la psychanalyste Cynthia Fleury, le biologiste Gilles Boeuf, le généticien Axel Kahn, le prêtre et chef d'entreprise Bernard Devert et le président d'honneur de Lafarge Bertrand Colomb, tous co-signataires de ce petit livre de 108 pages.
"Nous venons au monde avec l'étiquette : fragile. Un rien nous blesse et même nous tue. Accident, maladie brutale, bombe dans le métro , une guerre, une balle perdue..., une explosion, etc.. tout peut être fatal" dit Jean-Claude Carrière.
La fragilité est donc constitutive de l'être humain que nous sommes. Elle résulte aussi de la fragilisation grandissante dans laquelle nous précipitons les équilibres vivants, donc de notre environnement que nous contribuons à polluer à cause de l'industrialisation, la surconsommation énergétique et qui nous fait assister auj. aux changements climatiques, à l'éradications des espèces vivantes (dans l'océan ou sur terre), à la disparition des forêts tropicales etc...
Il y a donc une dimension génétique de notre fragilité mais aussi une construction sociale.
La société nous confronte de plus en plus à notre fragilité, que ce soit à travers les événements politiques (attentats et autres), que ce soit dans le domaine sanitaire (maladies, troubles psychologiques, catastrophes naturelles...) et en même temps elle nous offre davantage de moyens de réparer. Nous vivons plus longtemps grâce aux avancées de la recherche médicale. Le soutien aux personnes fragilisées par ces traumatismes (stress post-traumatiques) se fait de plus en plus.
Dans le domaine affectif, la fragilité est l'essence même de nos relations affectives, sans cesse menaçées par les ruptures, les deuils et autres blessures.
Le contraire de la fragilité est l'invulnérabilité. Alexis Kahn dit qu'il n'y a pas d'invulnérabilité génétique, maisqu'il existe des caractères génétiques qui viennent augmenter la vulnérabilité.
Il y aurait une distinction sémantique entre fragilité et vulnérabilité...... Vulnérabilité serait ontologique à l'homme de par sa finitude.. Cynthia Fleury précise qu'il n'y a pas fragilité et vulnérabilité d'un côté et autonomie de l'autre mais des traversées pour tous et, par ailleurs des constructions sociales qui les renforcent ou les amenuisent.

La question se pose : la fragilité est-elle innée, acquise ou les deux ?
Dès lors que faire de notre fragilité, en tous cas de la part de fragilité que chacun possède en lui ? Et comment celle-ci est perçue par notre société ?
En prendre conscience, l'accepter, faire reconnaître sa fragilité ou au contraire en avoir honte, la camoufler, la vivre comme un handicap ? Faut-il laisser paraître ses failles pour réussir sa vie ?

Tous les auteurs de ce livre tendent à nous démontrer les ressources que revêt la fragilité.
Peut-on dire qu'elle est une force ? Alexandre Jolien ou Stanley Hawkings, pour ne citer qu'eux, l'ont prouvé. La fragilité sollicite la résilience.
Edgar Morin nous dit que la fragilité est un pas vers l'altérité, le moyen de restaurer les possibilités de solidarité et de fraternité. Bernard Devet nous dit que la fragilité de l'autre invite à défricher ses propres fragilités.
La fragilité fait Réciprocité. Elle fait et est lien à partir duquel essaime l'humanité des humains. On a fondamentalement besoin de la fragilité pour se construire ensemble. Elle fait donc appel à l'altérité, à la solidarité.
L'Etat de droit a l'obligation de solidarité . C'est le principe d'une société démocratique.

Pour finir, 2 citations à méditer :
- L'une de Mani (3e siècle) : "L'Obscurité inscrite en nous, nous lie à l'inextricable lumière". Le combat consiste à séparer ces deux forces pour ne garder que la lumineuse...
Et Confucius: "Lorsqu'on reconnaît l'existence de ses limites, on est davantage capable de bien vivre dans l'espace qui nous est donné".


Références bibliographies :
- "Un éloge de la fragilité", Editions de l'Aube (2018)
- "Fragilité : Jean-Claude Carrière , Ed. Odile Jacob (2006- 2007)

Ressources à écouter ou à lire :
- Eloge de la fragilité. Emission radio suisse-romande du 20.2.2019
- Être fragile, une force pour tout transformer. Rencontres Capitales avec Cynthia Fleury, Axel Kahn, Gilles Boeuf...
- La fragilité. Chronique de Christophe André (4mn). France Culture.
- La fragilité. Selon Jean-Louis Chrétien. Sur France Culture.
Dernière édition: il y a 4 mois 20 heures par René G..
Merci de vous enregistrer pour avoir accès à cette page, ou de contacter l'administration.

Un Eloge de la Fragilité. Présenté par Wedad pour lundi 15.07.2019 il y a 3 mois 4 semaines #2

  • hartlaurence
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de hartlaurence
  • Hors ligne
  • Fresh Boarder
  • Messages: 4
  • Remerciements reçus 4
Bonjour,

Je me suis prêté à un petit exercice : traiter ce sujet "Ce qui est fragile en soi a-t-il quelque chose à nous apprendre ?" en 20 minutes. Voici mes idées sur le sujet, ce qui m'est venu en tête. bonne lecture !

Introduction :
PIERRE CORNEILLE (Rouen 1606-Paris 1684) Polyeucte, IV, 2, Polyeucte
« Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre :
Toute votre félicité
Sujette à l'instabilité
En moins de rien tombe par terre ;
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité. »
La fragilité se définit comme étant le caractère de ce qui se casse facilement. Tout objet fragile doit être manipulé avec précaution et douceur sinon il se brise. C’est un objet dont le matériau n’accepte qu’une très faible déformation et rompt au moindre effort. A l'inverse les impératifs sociaux ou économiques comme la force mentale ou la productivité sont souvent mis en avant afin d’expliquer a posteriori un succès ou de justifier un échec. Mais dans quel but ? A quelle fin ? Être meilleur ou être « le » meilleur ? Progresser ou accéder « au progrès » ?
Tout d’abord, en quoi parfois la fragilité s’identifie à tort à une faiblesse ? L’expression « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », souligne le caractère relatif de la fragilité. Dès lors, cette faiblesse apparait comme une force.
Cette première question nous amène à réfléchir sur la manière dont on se représente les capacités humaines. L’homme est-il intrinsèquement faible ? Autrement dit, en quoi la fragilité en chacun de nous nous rend plus humain ?
Notre capacité à revenir sur des événements passés et à réfléchir sur nous-même est source d’effort car il semble que souvent, nous cherchons davantage à masquer notre fragilité aux autres. Que suppose l’acte de révéler notre fragilité ? Dans la mesure où ce « quiconque » pourrait en tirer profit, n’y a-t-il pas de condition pour faire preuve de fragilité ?

I] La fragilité humaine est-elle une caractéristique « en soi » ?
A) La fragilité (nom féminin) est un caractère que l’on prête à quelque chose ou à quelqu’un de fragile. C’est un attribut intrinsèque qui définit complètement la chose que l’on désigne. Ainsi, même s’il existe des verres plus ou moins résistants, le verre casse par définition.
Lorsque l’on dit qu’une personne est fragile, on suppose que de caractère ou suite à un événement, elle a acquis une fragilité permanente. Cela en fait quelqu’un de vulnérable en soit ou dans une situation donnée puisque toute agression extérieure tendra à avoir un impact toujours négatif sur elle. Cela explique que souvent, la fragilité est signe de faiblesse.

B) La fragilité définit souvent un trait de caractère ou l’état mental d’une personne qui a subit un traumatisme. Cependant, si le sujet fragile n’est pas mort, c’est que précisément, le mal qu’il a subi n’est pas atteint son point de rupture physique (qui provoque la mort) ou mentale (qui provoque des séquelles irréversibles). « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». C’est ainsi que de nombreux malades partagent leur expérience de survie afin de montrer que tout obstacle que l’on croit insurmontable, remis dans son contexte, est dépassable.
Ainsi, en psychanalyse, le patient prend du recule et se libère progressivement de son blocage en remettant dans son contexte l’événement traumatique mal vécu. Il peut se reconstruire et poursuivre sa vie. Jean Paul Sartre dans Les Mots, raconte comment la prise de conscience de sa laideur physique a constitué un événement traumatique qui a agit sur son caractère comme un processus d’initiation. Tout d’abord, l’apprentissage de sa laideur marque la fin du monde imaginaire dans lequel le cantonnait son cercle familial. Dans sa vie d’adulte, il a eu un certain nombre de conquêtes amoureuses qui montrent que cette laideur n’en a pas fait un être repoussant. Ainsi, pour autant qu’une belle personne semble être favorisée, en société par rapport à une personne laide, ces notions de laideur et de beauté sont relatives et ne peuvent décider du destin d’un individus.
S’il l’on dit souvent « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », c’est qu’il y a beaucoup à apprendre de ses fragilités. Elles nous apprennent à sortir d’un conditionnement qui tendrait à réduire l’individus à sa fragilité. Au contraire, elles permettent aux individus de se construire.
Cf Psychanalyste : pour (se) prouver qu’ils ne sont pas morts suite à un échec, certains dépressifs, se mettent plus ou moins consciemment dans la position de malade.

II) L’invulnérabilité est signe de mort
A) Que nous révèle notre tendance à vouloir être invulnérable ? L’attrait pour l’idéale perfection. Qui cherche-t-on à égaler ? Que cherche-t-on à fuir ?
L’imagination est une des causes qui nous poussent à nous penser grand alors que nous sommes tout petits. Cf Blaise Pascal : La disproportion de l’homme, § Les deux infinis, Pensées.
L’homme pense tout connaître de lui. Freud postule au contraire, qu’une part inconsciente en nous nous fait agir malgré nous. Être moins vulnérable passe nécessairement pas la prise de conscience d’une partie de notre inconscient.
C’est à force d’échecs, à force de se confronter à des épreuves que tout homme apprend à faire face à une difficulté. Ce qu’il apprend : puiser dans ses ressources propres et parfois insoupçonnées. Autrement dit, la capacité d’apprentissage est une condition indispensable pour tout être vivant. Théorie de l’évolution.
B) Se croire invulnérable est alors beaucoup plus dangereux que de reconnaitre sa fragilité.
La société est sensée pourvoir aux besoins de chacun et sortir les hommes du régime de la simple survie. C’est là ce que l’on appel souvent « le progrès ». C’est en exerçant tous les jours sa capacité d’adaptation à l’environnement et au changement, que les hommes cohabitent entre eux et avec l’environnement tout entier.
Ainsi, rester fermé à une fragilité et ne pas la reconnaitre peut donner lieu à de plus grand dégâts.
Cf la destruction de l’environnement est une question récente à l’échelle humaine. Reconnaitre notre responsabilité dans la dégradation de notre milieu naturel nous permet de mieux comprendre en quoi nous sommes en constante et en complète interaction avec elle. Notre dépendance aux ressources naturelles nous oblige à tenir compte de la fragilité des écosystèmes sont les équilibres ont été perturbés par l’activité humaine.
Notre proximité avec les machines et appareils électroniques / virtuels du quotidien tend à nous renvoyer dans un monde de performance. Le labeur ne connait plus de limite de temps, l’homme ne vit plus au rythme naturel (du levé au coucher du soleil, en fonction des saisons).
Cf Marx, l’aliénation.
Reconnaitre sa fragilité c’est lui donner existence, réalité. C’est l’occasion de recommencer un cycle et de se réinventer. Cf l’art de la réparation des céramiques japonaises (Kintsugi). Au contraire, se croire invulnérable, vivre dans l’illusion d’un monde virtuel (cf toutes les dépendances et les maladies liées à l’explosion des écrans), c’est s’enfermer dans un blocage et prendre le risque de scléroser sa capacité d’apprentissage et d’adaptation

III) Prendre conscience qu’il est possible de vivre en adéquation avec soi-même et son environnement. Qu’est ce qui nous sauve de l’attachement à la peur de la mort ou de la souffrance ?

A) Que nous apporte la communauté ? Qu’est ce qui se joue dans le fait de révéler sa fragilité ?
La psychanalyse, vertus du retour sur soi.
Statut des autres : de l’ennemis à l’allier. De la lutte à la coopération. L’homme est un loup pour l’homme : qu’est ce qui me prouve que lorsque j’aurai reconnu ma faiblesse, l’autre ne s’en servira pas contre moi ? Le défit de faire confiance.
L’amour. Dans une vie de couple, accepter les fragilités de l’autre passe par l’acceptation de ses propres fragilités.
Voltaire et Condorcet : débat sur la tolérence et la liberté.

B) La conscience de l’universel, remède contre toutes les fragilités ?
Finalement, nous ne recherchons pas à être plus fort (nécessaire uniquement en cas de survie), mais à être plus libre. Ainsi, tout ce qui peut m’éloigner de la souffrance et mieux accepter la mort me permet de mieux vivre. La peur est ce qui nous paralyse. Proverbe italien : « Celui qui a peur de mourir meurt chaque jour, celui qui n’a pas peur de mourir ne meure qu’une fois. »
La religion, vertus du dépassement de soi. La fraternité, la compassion, l’empathie. Lz croyance dans l’au-delà.
La méditation, vertus de l’éveil, « être en dehors de soi et du temps ». Arrêter d’utiliser la force.
Morihei Ueshiba : « Nul ne peut m’enlever ma force puisque je ne m’en sers pas. ».


Il n’y a pas de conclusion, juste une invitation à d’autres partages.
Merci de vous enregistrer pour avoir accès à cette page, ou de contacter l'administration.
Cet utilisateur a été remercié pour son message par: René G.

Un Eloge de la Fragilité. Présenté par Wedad pour lundi 15.07.2019 il y a 3 mois 4 semaines #3

  • René G.
  • ( Modérateur Global )
  • Portrait de René G.
  • En ligne
  • Modérateur
  • Des problèmes avec le site ? contactez-moi. Merci.
  • Messages: 730
  • Remerciements reçus 33
Merci Laurence de ce parcours autour de la fragilité, parcours comme une rencontre avec des manières de se saisir soi.

Je me suis demandé, un peu à la suite de ton texte et de notre débat, si la fragilité était le lieu par lequel prend forme notre devenir ?
Un devenir en retrait, quand la fragilité se fait proche de la vulnérabilité, de la fêlure et de la difficulté de s’en relever.
Un devenir en puissance quand, se saisissant d’elle-même, la conscience s’inscrit dans une transformation, voire dans les métamorphoses à laquelle la vie l’invite.

Resterait la question, si la vie est transformation, quel en est le fil directeur ? Ce fil est-il lui-même également en transformation ?
J’aime bien cette phrase de Christian Bobin : il faut du temps pour s’attendre soi-même.
Dernière édition: il y a 3 mois 4 semaines par René G..
Merci de vous enregistrer pour avoir accès à cette page, ou de contacter l'administration.
  • Page:
  • 1
Modérateurs: admin.cafesphilo.org

Soutenez-nous

Soutenez-nousContribuer à une citoyenneté éclairée. Soutenir les activités philosophiques.
Faire un don

En savoir plus

Nos partenaires

Nos partenairesIls nous soutiennent.
Ils s’engagent et engagent une réflexion éthique sur la citoyenneté.

En savoir plus

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?Des personnes, des philosophes, des militants pour une pensée critique et sereine, libre mais engagée.

En savoir plus