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SUJET: Sommes-nous libres de désobéir ? (Avec un texte de Durkeim) Sujet proposé pour lundi 22.10.2018 + Un compte rendu de Laurence. Merci. ;-)

Sommes-nous libres de désobéir ? (Avec un texte de Durkeim) Sujet proposé pour lundi 22.10.2018 + Un compte rendu de Laurence. Merci. ;-) il y a 5 mois 1 jour #1

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Sommes-nous libres de désobéir ?

C'est une amie qui nous propose cet extrait de texte de Durkeim, Les formes élémentaires de la vie religieuses. 1912. Proposé au bac philo 2018, il soulève d'intéressantes questions.

« Quand nous obéissons à une personne en raison de l’autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu’ils nous semblent sages, mais parce qu’à l’idée que nous nous faisons de cette personne une énergie psychique d’un certain genre est immanente1, qui fait plier notre volonté et l’incline dans le sens indiqué. Le respect est l’émotion que nous éprouvons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous. Ce qui nous détermine alors, ce ne sont pas les avantages ou les inconvénients de l’attitude qui nous est prescrite ou recommandée ; c’est la façon dont nous nous représentons celui qui nous la recommande ou qui nous la prescrit. Voilà pourquoi le commandement affecte généralement des formes brèves, tranchantes, qui ne laissent pas de place à l’hésitation ; c’est que, dans la mesure où il est lui-même et agit par ses seules forces, il exclut toute idée de délibération et de calcul ; il tient son efficacité de l’intensité de l’état mental dans lequel il est donné. C’est cette intensité qui constitue ce qu’on appelle l’ascendant moral. Or, les manières d’agir auxquelles la société est assez fortement attachée pour les imposer à ses membres se trouvent, par cela même, marquées du signe distinctif qui provoque le respect. »
Voir l'extrait et son corrigé dans Philomag ici.

Quelques questions :
- Qu'est-ce qui nous conduit à respecter quelqu'un ?
- Sur quoi repose l'autorité qu'autrui peut nous imposer?
- Se dégager de l'énergie psychique de quelqu'un, d'une institution, est-ce s'asservir à une autre autorité ?
En bref, sommes-nous libres de désobéir ?

Citations
- "La violence est souvent une vengeance du fils sur l'autorité du père. Pour le dire vite, ce sont des fils qui n'assument pas leur castration." Avital Ronell dans France Culture.
- "Les grandes choses du passé, celles qui enthousiasmaient nos pères, n'excitent plus chez nous la même ardeur, soit parce qu'elles sont entrées dans l'usage commun au point de nous devenir inconscientes, soit parce qu'elles ne répondent plus à nos aspirations actuelles ; et cependant, il ne s'est encore rien fait qui les remplace."
Emile Durkeim. Les Formes élémentaires de la vie religieuse.
- "Certes, dans une démocratie libre, un gouvernement ne peut avoir d'autre autorité que celle qu'il puise dans la volonté générale et qu'il exerce sous sa responsabilité contrôlée. Mais ce n'est pas à dire qu'il ne doit être que l'instrument passif des caprices populaires et des poussées de l'opinion."
Raymond Poincaré - Paroles françaises - 1927

Ressources à écouter et à lire :
- Hannah Arendt et La crise de la culture (1/4) Qu’est-ce que l’autorité ? Les chemins de la philosophie. France Culture.
- Hannah Arendt et La crise de la culture (4/4) Qu’est-ce que la liberté ? France Culture
- Qu'est-ce qu'était l'autorité ? Avital Ronell invitée de Caroline Broué. France Culture.
- Pouvoir, autorité et légitimité. Les chemins de la philosophie. France Culture.
- Désobéir. La chronique du Journal de la philo. France Culture.
- Émile Durkheim : “Entre Dieu et la société, il faut choisir". Une conférence sur Les formes élémentaires de la vie religieuse. Bruno Karsenti. BNF
> A lire
- Qu'est-ce que l'autorité ? Simone Manon. Philolog.
- Les formes élémentaires de la vie religieuse. Un résumé et une relecture de Bruno Karsenti sur Politika.
- Emile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Un résumé d'Igor Martinache. Open Edition.
- Les fondements de l'autorité. Sciences Humaines.
- Hannah Arendt. Qu'est-ce que l'autorité ? Un résumé sur L'oeil de Brutus.
- Quelle philosophie de l’autorité aujourd’hui ? Robert Monjo. Cairn info.
- Sémantique de l'autorité. Quelques remarques. Paul Audi. Cairn info.
Dernière édition: il y a 4 mois 2 semaines par René G..
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Sommes-nous libres de désobéir ? (Avec un texte de Durkeim) Sujet proposé pour lundi 22.10.2018 il y a 4 mois 2 semaines #2

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Voici les points de vus échangés lors du débat :

1) Le texte de Durkheim : Les formes élémentaires de la vie religieuse
Ici l’obéissance est provoquée par une émotion. On obéit à une personne suite au sentiment qu’elle provoque en nous et non pas sous le coup d’un discours qui s’adresse à notre raison.

2) Définition des notions d’autorité et de pouvoir
Définitions proposées : L’autorité est le pouvoir de commander autrement que par la force ou la persuasion. Elle peut dépasser le cadre de la personne.
Le pouvoir agit par la contrainte.
« On use de son autorité, on abuse de son pouvoir ». Le cadre juridique (ex : droit du travail) est sensé nous prémunir contre les abus de pouvoir. L’autorité est pensée comme un tempérament « naturellement » fort.

3) Relations entre autorité et pouvoir
Quelles sont les origines de l’autorité ? Sur quoi s’appuie l’autorité ? Pourquoi je respecte quelqu’un ? Existe-t-il une autorité sans pouvoir et vice versa ?
Exemples :
La relation entre maître et élève
L’obéissance/la désobéissance au sein de l’armée
La relation entre parents et enfants
La relation des jeunes et les traditions / les normes
Les hommes politiques face au peuple

Ccl 1 L’autorité peut être attachée à une personne : le charisme, le sentiment d’infériorité, la servitude (…) car elles proviennent des représentations que l’on se fait d’une personne.
Ccl 2 Cette autorité est-elle légitime ? On questionne ce qui fonde mon obéissance : j’obéis car je reconnais une capacité à la personne ou un statut social.
Ccl 3 Dans ce cas, pourquoi remettre en cause une autorité que je juge légitime de décider à ma place ? Cela révèle que l’autorité se caractérise comme un pouvoir que je donne à une personne sur moi. C’est l’investir ou s’investir d’un pouvoir et accepter qu’il/elle dicte ma conduite. Cf Rousseau : « (…) l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté."

4) Les relations entre liberté et obéissance/désobéissance
- Nouveau point de départ : la liberté c’est la loi que je me donne, la contrainte ce sont toutes les autres lois (extérieures).
- Dans ce cas, pourquoi désobéir à une loi si c’est pour en instituer une nouvelle ? Existe-t-il des lois transcendantes et sacrée que je respect sans être libre de les contester ? En démocratie, la loi est acceptée et appliquée sous l’action d’un accord né de l’union entre les hommes / du rassemblement autour de valeurs, d’intérêts ou d’objectifs communs.
Exemples :
- L’attachement des Américains à la Constitution Américaine
- Les relations professionnelles : à la fois nécessaires et remises en cause dès qu’elles deviennent injustes
- Le nazisme : une autorité sacralisée par la masse vs Hannah Arendt : Le Procès Eichmann
- Tuer le père : la rébellion de l’enfant face aux règles érigées par ses parents

Ccl 1 L’obéissance et la désobéissance sont des relations qui évoluent au cours du temps. Elles actent un changement entre deux périodes. On fait et défait des lois ou des responsables (politiques ou moraux). C’est le signe que rien n’est immuable.
Ccl 2 Ces actes de désobéissance semblent être « nécessaires » car ils permettent au système d’évoluer, au collectif de prendre du recul et rester critique, à l’individus de penser le changement.

5) Vers une nouvelle définition de l’autorité
Autorité = ordre mis en place, capacité d’organisation.
- Nouveau point de départ : L’autorité puise sa force dans la relation/le lien/l’attachement que j’entretiens avec elle. L’ordre est une donnée naturelle : même les animaux s’organisent selon une hiérarchie. Dans ce cas, l’autorité nait de l’argumentation entre deux egos (au minimum). Tout être vivant semble avoir besoin d’une règle / d’une norme / d’un repère pour pouvoir exister et prendre une direction (ex : un oiseau hypnotisé par un stylo / un papillon tournant autour d’une lumière).

- On peut conquérir le pouvoir à partir du moment où l’on comprend et l’on maitrise le système, la situation, les représentations qui nous font agir. (ex : le despote qui assoit son autorité sur sa capacité à se faire aimer du peuple). L’accès au pouvoir d’un despote est de la responsabilité du peuple compris comme une masse passive, qui se juge incapable de désobéir. Paradoxalement, Gandhi prône la résistance passive comme principe de désobéissance civile : l’obéissance peut être une notion positive si elle se fonde « sur de bonnes raisons ».

- La désobéissance est problématique quand il faut remettre en question notre rapport à nous-même. Ex : La manipulation, la dépendance psychologique, l’anorexie, la folie. Quand l’individu « perd la raison » il perd la raison qui commande ses actes.

Ccl 1 Le devoir de la société est de rendre les individus autonomes. Notre responsabilité individuelle et collective est : 1) de conserver cet esprit critique sur les lois que nous respectons et sur ceux qui les votent, 2) de proposer un nouvel ordre en remplacement de celui que l’on conteste afin de donner une direction à l’action collective. Il reste problématique d’éduquer la masse : un sujet éclairé (c’est-à-dire usant librement de sa raison dans le sens du bien ou du bon) doit naitre d’un moule unique et identique à tous les membres de la société. Cf De Gaulle souligne la nécessité de gouverner en respectant la pluralité des opinions et des croyances : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? ».
Ccl 2 Qu’est-ce qu’une loi juste ? Comment concevoir les lois quand les hommes politiques eux-mêmes ne les respectent pas ?
Ccl 3 « Il faut que tout change puisque rien ne change » : la survie d’une société est liée à sa capacité d’évoluer, de se remettre constamment en question. Être libre c’est le rester c’est à dire à toujours obéir ou désobéir et assumer ses choix.
Ccl 4 Pensée stoïcienne : se libérer c’est savoir distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. En opérant cette distinction, l’individus est libre des liens qui le relient à toute autorité et peux serrer ou desserrer la contrainte qu’elle a sur lui. Non sans commander un total repli sur soi, nous sommes invités à l’éveil de la conscience. Individuellement nous devons cultiver notre capacité à vivre pleinement l’instant présent et collectivement à développer notre esprit d’a propos (capacité de prendre les ‘bonnes décisions’ c’est-à-dire celles qui sont prises au moment juste).
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Sommes-nous libres de désobéir ? (Avec un texte de Durkeim) Sujet proposé pour lundi 22.10.2018 il y a 4 mois 2 semaines #3

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Références et auteurs
• « On use de l’autorité, on abuse de son pouvoir »
• E. de La Boétie : Discours de la servitude volontaire
• Hannah Arendt : Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal (1963)
• Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social (1762), Livre I, Chapitre VIII : "De l'état civil". « On pourrait sur ce qui précède ajouter à l'acquis de l'état civil la liberté morale, qui seule rend l'homme vraiment maître de lui ; car l'impulsion du seul appétit est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté."
• Gandhi : la désobéissance civile = Non-Violent Resistance (Satyagraha) (2001)
• Charles De Gaulle (Citation) « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »
• Visconti, Le Guépard, d’après le roman de G.T. Lampedusa (1958) « Il faut que tout change puisque rien ne change ».
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Sommes-nous libres de désobéir ? (Avec un texte de Durkeim) Sujet proposé pour lundi 22.10.2018 il y a 4 mois 2 semaines #4

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Ouverture
Comment les individus peuvent-ils trouver un sens aux règles et une place dans une société anomique (qui n’est plus capable de transmettre les règles sociales) ?
Peut-on penser la liberté dans un régime anarchique ?
Dans quelle mesure peut-on ignorer la loi ?
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